De belles histoires…

Une belle histoire. Qui n’aime pas écouter une belle histoire ? On les aime drôles, courtes ou parfois longues. Certaines sont tristes, ou à dormir debout. S’il en est des anciennes, d’autres sont autres, plurielles ; certaines sont d’amour. Les histoires sont le décor de nos vies, elles sont ce que nous nous racontons les uns aux autres, au coin du feu ou autour d’un café, en ballade dans un parc ou à la pause déjeuner, coincés entre deux plateaux repas, entre poire et dessert.

Les histoires sont plus que des histoires. Elles ont un rôle bien plus important que celui qu’on veut bien leur prêter – oui, prêter, et non pas donner, parce que ce qu’on prête aux histoires pour un temps, on le reprend pour se consacrer à des choses plus importantes et spirituelles, plus fondamentales et plus nobles. La théologie systématique, qui décortique et saucissonne la compréhension que nous pouvons avoir de Dieu est, dans sa composante analytique, bien plus recevable que l’histoire de Jonas – pensez-vous – un homme avalé tout rond par un gros poisson !

Michel Onfray

Michel Onfray

J’entendais ce midi Michel Onfray démonter le christianisme a la radio (vers 11:00) en expliquant que les fondements historiques de la venue de Jésus étaient fragiles, et même, selon ses dires, inexistants. Je n’ai pas la science de monsieur Onfray, et je ne saurais quoi lui répondre s’il m’interpellait avec ces arguments. Faudrait-il faire appel aux recherches géologiques qui prouvent le déluge ? Faudrait-il lui exposer les concordances prophétiques entre l’ancien et le nouveau testament ? Je perdrais bien vite le combat que je mènerais, accablé par son argumentation solide et documentée. Et même si je me hissais à sa hauteur et que je venais à lui tenir tête, aucun de mes arguments ne parviendrait à toucher mon contradicteur en plein cœur.

Dieu n’a pas livré à l’homme un argumentaire scientifiquement implacable et éprouvé. Il aurait pu nous fournir une encyclopédie anatomique, biologique, physique, mathématique, psychologique, sociologique et bien plus pratique que ce recueil de livres disparates et parfois contradictoires qui composent le canon de ce que nous appelons la Bible. En effet, à défaut d’être un livre d’Histoire, la Bible est un livre d’histoires. Un kaléidoscope de récits divers et pas souvent datés qui nous narrent les périgrinations de certains de nos semblables, aux prises avec leurs peurs, leurs doutes et leurs faiblesses, se relayant sur un chemin sinueux ne menant pas toujours quelque part.

La Bible est avant tout le livre de l’histoire qui compte le plus, l’histoire de ce Dieu créateur qui aime tellement l’objet de son œuvre qu’il devient lui-même la moindre de ses créations, la plus abjecte, pour la rédemption du monde. C’est cette histoire que Dieu a souhaité nous léguer. C’est cette histoire qui saura atteindre le cœur des plus athées des philosophes. C’est d’histoires dont Dieu nous parle, car si les arguments peuvent nous convaincre, les histoires nous touchent.

Reading surprise

Je suis frappé par le comportement de Jésus dans Luc 10:21. Selon Luc, il est saisi d’une grande joie (« transporté d’allégresse », selon la NBS) à la pensée que ce sont les faibles a qui les vérités de Dieu sont révélées. Pourquoi tant de joie ? Parce que Jésus est venu sauver tous les hommes, sans distinction de culture, de genre, d’âge, de niveau d’éducation ou de niveau social. Même l’idiot du village est aimé de Dieu, le message de l’évangile est à sa portée, pourquoi lui serait-il caché ? De quel droit serait-il reservé à une sorte d’élite suffisamment renseignée pour connaître les profondeurs des secrets de Dieu ?

Je ne nie pas la nécessité de l’étude et de l’approfondissement théologique — je suis moi-même constamment en recherche et en formation dans ce domaine. Cependant, la connaissance de Dieu n’est pas conceptuelle. Elle n’est pas non plus le résultat d’une équation. Non, la rencontre avec Dieu se fait en histoire, quand l’histoire de Dieu, celle dont nous parlions plus haut, vient à la rencontre de la notre.

Dans son livre intitulé « Biblical Theology in the Life of the Church: A Guide for Ministry », Michael Lawrence explique que la théologie systématique n’a de sens que si elle s’intègre dans la théologie biblique, ce récit qui lui donne corps et sens, qui l’ordonne et la coordonne.

Bien souvent, nos prédications et nos messages ressemblent davantage à un exposé, un essai de théologie saupoudré d’un peu de psychologie et de réflexions philosophiques plus qu’à l’exposition de l’histoire divine. Les poles se sont inversés : les histoires bibliques sont devenues les simples supports de concepts théologiques. Je propose que nous revenions aux sources, et que nous saisissions l’importance de l’apport théologique de l’histoire biblique, étayée par des notions de théologie systématique bien définies.

Il est temps de se rendre compte que le monde nous a bernés. Il a emmené le débat de la foi sur son terrain de prédilection, le terrain du raisonnement et de l’argumentation, alors que notre point fort et celui de l’expérience : l’amour se doit d’être vécu, faute de quoi le décrire, l’expliquer ou le défendre sera difficile.

Revenons à nos histoires, celles qui nous font vibrer, qui nous donnent le sentiment de vivre. Celles que Jésus n’a cessé de raconter pour illustrer les merveilles du royaume de Dieu. Celles qui nous donnent un sens. Celles qui nous amènent à Dieu.

Cédric Delalande
Cédric Delalande est un professeur d’anglais basé à Poitiers (86) qui a à cœur le développement d’une Église culturellement pertinente. Ancien responsable d’Église, président de l’ebcam et passionné de nouvelle technologies, il publie ses réflexions sur Pertinence Culturelle et a rédigé un livre sur la place de l’Église dans la société moderne, intitulé « Faites-vous refaire les saints », disponible en format papier ou en version eBook (Kindle, iPad et Kobo).
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