La louange Canada Dry

Une publicité des années quatre-vingt pour une célèbre boisson disait ceci: “Canada Dry ça ressemble à l’alcool, c’est doré comme l’alcool, mais ce n’est pas de l’alcool et…c’est pour ça que ça désaltère”.

Ça en a la couleur, la texture, l’apparence, mais ça n’en a ni le gout ni la teneur en alcool.

Plus récemment, l’affaire des lasagnes à la viande de cheval a défrayé la chronique créant un véritable tsunami médiatique et posant la question : mais que mange-t-on vraiment ?

Personne n’aime être floué, abusé ou manipulé.

Il existe dans la loi, des principes de droit qui interdisent l’usage de faux, ou de prétendre vendre quelque chose en mentant sur sa nature, son authenticité, son origine, sa qualité, ou son contenu, on parle communément de se faire « tromper sur la marchandise ».

Se pourrait-il donc que ces principes terre à terre, très concrets et de notre monde naturel, puissent influencer d’une quelconque façon notre manière de louer Dieu ?

« Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l’adorent l’adorent en esprit et en vérité. » Jean 4:23-24.

Une chose importante concernant les paroles de Jésus : elles ne sont jamais dites à la légère ni à côté de la plaque.

Reprenons donc cette affirmation… Si ceux qui l’adorent doivent adorer en esprit et en vérité, cela implique donc, logiquement, que l’on peut aussi adorer avec la chair, et sans la vérité, non ?

Dans une société dépourvue d’aspiration spirituelle, le culte de l’émotion, la liturgie du sensationnel-guimauve, peut tellement rapidement court-circuiter l’authenticité de l’expression d’une louange du cœur, dont l’unique but est d’élever Dieu.

Je ne dis pas que l’émotion est mauvaise, Dieu nous a crées êtres émotionnels, mais le danger réside en ce que cela devienne le but.

Bien souvent, quand je prends du temps avec Dieu, je réalise que je débute mon tête-à-tête avec mes pétitions, mes réclamations, mes suppliques, mes réprimandes parfois. N’avez-vous pas remarqué que quelque chose se passe dans ces moments-là ?

Ce que j’expérimente souvent, c’est que d’un seul coup, il y a comme un glissement soudain, où tout bascule du ‘je’ vers le ‘tu’ : là où mes pensées et mes paroles étaient égo-centrées, mon expression se tourne d’un seul coup vers LUI, pour proclamer au travers de ma louange, QUI il est pour moi, et que tout le reste n’est que secondaire.

Oui, c’est secondaire. Les circonstances, les soucis, les inquiétudes, les bobos… Tout ça se noie dans la présence du Roi. Secondaire ne veut pas dire sans importance, secondaire veut dire que la première chose qui importe, c’est de lui donner toute la place, comme l’a dit Jésus : cherchez d’abord son Royaume et toutes choses vous seront données par-dessus (Matt 6:33).

Le danger dans nos églises postmodernes, c’est que la louange devienne une mode, une habitude, un spectacle ou un ‘meuble’.

Un meuble a son utilité, on le place dans une pièce et il sert pour y ranger des choses, y poser quelque chose, ou simplement pour y manger.

Mais la louange n’est pas un accessoire. La louange ne sert pas à meubler le temps de culte, ni à mettre une ambiance en place, la louange n’est pas un objet de décoration (aussi beau soit-il) un ornement ou une performance… La louange c’est en premier lieu l’expression de cœurs tournés vers Dieu, c’est un échange, une relation, un dialogue même.

Il est des versets bibliques que l’on aimerait zapper de certaines pages, des paroles qui ne vont pas vraiment dans ‘le sens du poil’ et qui font grincer nos dents quand on les lit… Parfois sous prétexte de ne pas assumer de tels passages, on préfère même ne pas trop passer de temps dessus, de peur d’être taxés de religieux ou de légalistes.

Mais Dieu n’est-il pas le même hier, aujourd’hui et éternellement ?

Que dire alors de ceci :

« Je hais, je méprise vos fêtes, Je ne puis sentir vos assemblées. Quand vous me présentez des holocaustes et des offrandes, Je n’y prends aucun plaisir ; Et les veaux engraissés que vous sacrifiez en actions de grâces, Je ne les regarde pas. Éloigne de moi le bruit de tes cantiques ; Je n’écoute pas le son de tes luths. Mais que la droiture soit comme un courant d’eau, Et la justice comme un torrent qui jamais ne tarit. » Amos 5:21-24

Oups. Voilà qui casse un peu l’ambiance.

Alors quoi ? Dieu pourrait ne pas prendre plaisir dans nos louanges dominicales (ou autres)? Il serait possible que même nos réunions lui déplaisent ?

Pour remettre ce texte dans son contexte (et éviter d’en faire un seul prétexte) Dieu reproche son attitude au peuple et les rappelle à l’ordre, on lit plus haut les reproches suivants :

  • Ils haïssent ceux qui les reprennent (orgueil)
  • Ils ont en horreur celui qui parle sincèrement (hypocrisie)
  • Ils foulent au pied la justice (malhonnêteté)
  • Ils oppriment le juste (abus de pouvoir et manipulation)
  • Ils volent les pauvres (cupidité)

Malgré tous ces agissements, ils continuent à rendre un culte à Dieu, à maintenir leurs assemblées, à prier, à chanter, à étudier la parole.

Nous le savons, les Temps que nous vivons aujourd’hui ne laissent pas de place au doute, le menteur, l’accusateur de nos âmes rôde et cherche qui dévorer.

Cependant, ne nous laissons pas bercer par la douce rengaine faussement déculpabilisante qui nous dit que ‘le diable est partout’.

Parce que ce que nous lisons là n’est pas le fait du diable, mais bien du cœur de l’homme.

Parce que quand Jésus parle d’adorer en esprit et en vérité, il ne fait même pas mention de l’ennemi, nous avons notre responsabilité, notre héritage à saisir, notre place à prendre en tant que fils et filles du Très-Haut.

Dieu cherche des adorateurs.

Adorer, ce n’est pas seulement louer, c’est être une offrande de bonne odeur. Louer, ce n’est pas seulement chanter, la musique est un des multiples moyens d’expression de notre louange au Père. Mais comme tout ce qui peut servir à honorer Dieu, il est aussi possible de ne faire que simuler, imiter, reproduire, copier, sans pour autant que cela n’ait aucune saveur pour Dieu.

Mon défi, notre défi à tous, que l’on soit conducteurs de louange ou musicien parce que c’est notre service premier dans l’église, mais qui concerne chacun d’entre nous, c’est d’offrir à Dieu une louange mue par des cœurs droits, intègres, justes et vrais.

cross_shadowEt c’est là que nous comprenons que la qualité de notre louange dans cette relation qui se veut verticale avec Dieu, est intimement liée à la qualité de qui nous sommes avec nos semblables.

L’adoration ultime, c’est la croix, et dans cette croix physique, sur laquelle pend le corps meurtri de notre Seigneur, est également inscrite une réalité qui déchire le voile, l’ouverture d’un accès au Père et au Saint des Saints dans son Temple, par le moyen de la connexion indissociable des deux principaux mandats que nous avons en tant que peuple de Dieu :

La verticalité qui est notre relation avec le Père : aime le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, toute ta force, toute ta pensée.

L’horizontalité qui est notre appel à aimer les autres, comme Jésus nous a lui-même aimés.

Afin que le Roi soit glorifié, au travers d’une louange dont la saveur et la composition sont authentiques.

Gabriel Kara
Gabriel Kara exerce le métier de consultant, avec une expertise en communication, gestion de projets et management. Il enseigne également à l’Université Aix-Marseille en Sciences de l’Education, et à Polytechnique, la communication (prise de parole en public, media training, communication interpersonnelle et animation) et l’anglais professionnel. Il intervient comme conducteur de louange et souvent aussi comme organisateur d’événements. Il a fait partie du groupe de louange Tim Project, et s’investit dans des projets fédérateurs et inter-églises comme avec Alpha Connect. Marié à Clémence depuis 9 ans et père de deux bambins pleins de vie: Noah (5 ans) et Lisa (2 ans « et demi » – important de le préciser). Après près de trente années au sein des églises protestantes, évangéliques mais aussi un parcours scolaire dans une institution Catholique, il désire une foi qui ne soit pas uniquement un hobby dominical empreint de liturgie et d’habitudes.
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One Comment

  1. Merci Gabriel
    Je crois personnellement beaucoup à l’importance d’un prière préalable à la louange (exprimée ou intériorisée) demandant à Dieu de bien vouloir agréer ce que nous lui apportons (parallèle possible avec les sacrifices de l’AT). Un danger pour moi qui consiste à être souvent trop « conquérant » vis à vis même de Dieu… et perdre ou oublier la nécessité d’humilité…
    Dieu n’est « soumis » à aucune « obligation » concernant notre louange 😉
    Ne l’oublions pas.

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