Le changement, c’est maintenant ?

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C’est la rentrée !

Et oui, les sacro-saintes grandes vacances étant sur le point de se terminer, il est désormais temps de se consacrer à cette nouvelle année qui se profile devant nous. Phénomène typiquement français lié à nos rythmes scolaires, nous nous posons les questions que d’autres pays se posent en janvier dès le mois de septembre. En effet, après avoir fait le point sur la plage, on revient en général la tête pleine de bonnes idées et de bonnes résolutions.

C’est l’occasion rêvée pour procéder à des modifications dans le fonctionnement de l’église : changements parmi les responsables, réorganisations des équipes, nouveaux horaires… Toutefois, certaines évolutions sont mal vécues par les membres de nos églises.

Ces difficultés sont normales. Les traditions font partie de la vie. Il fut un temps ou je rejetais les traditions en bloc. Je les jugeais sclérosantes et inutiles. Mais il me parait désormais évident que les traditions sont partout, même chez ceux qui les refusent. Elles sont naturelles et nécessaires dans nos vies et nos communautés. Elles leur donnent leur rythme et leurs repères. Cependant, il arrive toujours ce moment où l’on finit par se demander : “Pourquoi fait-on ceci ? Et pourquoi comme cela ?”. Dans ces conditions, s’agripper coûte que coûte aux habitudes n’a aucun intérêt et conduit à une foi dénuée de vie, dénuée de sens. Ce qui était une tradition qui libère l’expression de la foi est devenu un traditionalisme qui l’enferme et la tue à petit feu.

Nous avons ainsi d’un côté, des responsables enthousiastes et désireux de dépoussiérer les habitudes en insufflant la nouveauté qu’ils ont conçue, laissé germer et portée dans la prière pendant des semaines. De l’autre, nous trouvons un certain nombre de membres qui aspirent à une vie d’église stable et conforme à leurs habitudes.

Comment gérer ces situations qui peuvent rapidement devenir source de tensions et permettre à l’évolution nécessaire de se mettre en place tout en respectant les sensibilités de l’ensemble de la communauté locale ? Je vous propose quelques pistes :

1. Définir des objectifs clairs

C’est le rôle premier du leader.

J’ose espérer que les changements que nous cherchons à mettre en place ne sont pas juste des lubies, ou des concepts à la mode qu’on chercherait à imposer à une église réfractaire… Non, nous visons des objectifs que nous jugeons nécessaires pour la croissance de l’église en stature ou en nombre.

Ces objectifs doivent être clairs, notés noir sur blanc, sur un document travaillé en équipe de responsables et à la disposition de tous les membres. Ils doivent être basés sur des constats de manques ou d’améliorations nécessaires.

Ces objectifs serviront à donner un cadre aux évolutions que l’on cherche à mettre en place.

2. Travailler à long terme

Les changements prennent du temps et demandent beaucoup de patience. Ils demandent également de faire preuve de stratégie dans la façon de les mettre en place.

Les discussions avec les autres membres et responsables doivent nourrir le besoin d’évolution. Les prédicateurs qui interviennent lors des réunions doivent avoir les objectifs en tête quand ils préparent leur exhortation. L’objectif n’est pas d’endoctriner, ni même de forcer la main, mais d’éveiller chacun à la conscience des problèmes rencontrés et des solutions que l’on peut y trouver.

Quant à la prière, elle doit être omniprésente, afin que Dieu travaille les cœurs de chacun pour que nos objectifs soient éprouvés et que les méthodes pour les atteindre prennent forme, jusqu’à devenir comme une évidence aux yeux de tous.

Plus les changements espérés sont grands, plus le temps qui sera nécessaire à la germination des évolutions le sera également.

3. Travailler ensemble

Un berger qui pait son troupeau sait dans quels pâturages ses brebis sauront trouver de quoi manger et s’épanouir. Quand on lit la prière de Jésus en Jean 17, on s’aperçoit que celui-ci met un point d’honneur à ne perdre aucun de ceux que Dieu lui a donnés. Nous devons suivre son exemple et veiller à garder le troupeau qui nous est confié.

Peut-être que nos rêves nous emmènent dans une certaine direction, mais que la communauté dont nous avons la charge n’est pas prête à y aller. Il serait dommage de forcer un troupeau à brouter une herbe qu’il n’apprécie guère dans un pâturage où elle ne se sent pas à sa place. Nos rêves et nos désirs doivent devenir communautaires. C’est notre responsabilité.

Au cours d’un processus de changement, il arrive que le désaccord soit si profond qu’une séparation est la seule solution. Si l’on peut éviter de « perdre » des membres mécontents, alors il faut faire tous nos efforts pour y parvenir. Toutefois, l’exemple de Paul et Barnabas dans Actes 15, nous montre qu’une séparation est parfois inévitable.

Construire des évolutions demande une prise de conscience collective, basée sur cette double définition :

“La tradition est la foi vivante des morts, le traditionalisme est la foi morte des vivants.”
— Jaroslav Pelikan

Nous devons viser à détruire le traditionalisme, qui veut conserver les choses « parce qu’on a toujours fait comme ça » et mettre en place de nouvelles traditions qui trouvent leur source dans un besoin né de notre foi vivante en Dieu, et non pas celle de nos pères.

Accompagner l’église à une authenticité toujours plus grande dans l’expression de sa foi lui permettra de trouver son identité collective, qui donnera toute sa légitimité aux changements, qui deviendront alors tout naturels, voire impérieusement nécessaires.

4. Réévaluer régulièrement les évolutions

En établissant un véritable partenariat entre les responsables et les membres, nous engageons aussi un dialogue qui amènera les directions prises à être réévaluées régulièrement.

Une réévaluation, c’est l’occasion de se rappeler des objectifs et de donner du sens aux changements opérés, et ce sens, comme nous l’avons déjà dit plus haut, est essentiel.

Il ne s’agit pas de remettre en question sans cesse ce qui est engagé, mais plutôt d’ajuster les évolutions pour qu’elles portent du fruit dans le sens de l’objectif visé. Cette attitude d’humilité donnera également du poids à notre volonté de changement, en soulignant notre désir de servir la communauté avec efficacité.

5. “If it ain’t broke, don’t fix it”…

J’aimerais conclure cet article avec une expression anglaise très parlante : “Si ce n’est pas cassé, ne le répare pas”. En français, on dit que “le mieux et l’ennemi du bien”, mais je trouve ça moins parlant.

En effet, avant de se lancer dans des changements, le mieux reste encore de se demander si ce changement va apporter quoi que ce soit à la communauté. Si cette dernière vit bien, si l’organisation de l’église lui permet la croissance en stature et en nombre, et qu’un véritable équilibre existe au sein des membres… il vaut peut-être encore mieux ne rien changer, ou, à défaut, procéder à de légères évolutions qui ne feront pas naitre de tensions.

Tout changement a un prix. À vous d’estimer avec sagesse si celui-ci ne sera pas trop élevé à payer dans votre situation.

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